LIAR. : Ajouté le 18.3.2008 à 03:03 AM
Ça fait un bout de temps maintenant. Une semaine, trois mois, cinq ans? De toute façon, je suis paumée, le temps s'est cassé la gueule après le bac. Les heures qu'on partageait était tellement... Tellement. Rien à dire. Tellement j'en sais rien en fait. Tu disais que c'était la pire époque de toute ta vie. T'avais du vernis noir jusqu'aux phalanges, une ceinture a clou de trois kilos et un sac à dos que tu laissais traîner. Tu te trimballais toujours un carnet taggé jusqu'à l'os où tu écrivais les paroles de chansons de groupes tristes et énervés et les cours aussi quand ça te prenait. Je me foutais de ta gueule, mais j'aurais vendu un rein pour le lire.
Tu me faisais peur des fois, même si on traînait toujours ensemble, je me réveillais parfois en pleine nuit avec la peur que tu sois morte.
Alors j'appelais chez toi. Ton père répondait, c'était pas facile de prendre l'air de rien à trois heures du mat'. Mais j'me dis que finalement on était heureuses parce qu'on se retrouvait toujours ensemble, dans les rues. On était bien parce que les rues seraient toujours là pour nous. Et que ça faisait flipper de se réveiller tous les matins dans la même vie pourrie que la veille. Maintenant que tout devient plus sombre, j'ai pigé que cette époque était peut être pas faite pour nous, qu'on s'est planté de casting, de décennie. Je t'ai croisée hier, t'avais les yeux dans le vide, je sais pas si c'était pour ne pas croiser les miens, un Putain de brouillard devant tes pupilles. Tu ne te souvenais même pas de mon prénom. Putain de menteuse. Alors je me suis barrée, qu'est ce que je pouvais y faire. J'ai eu mal à la gueule de devoir me dire que pour toi j'avais été qu'une figurante, un visage sur une photo de classe, une pote de galères et de conneries. Mais tu sais quoi, en fait j'en ai rien à foutre, parce qu'il me reste les rues et les souvenirs. C'est comme retomber sur la photo de quelqu'un qu'on a aimé, comme passer un moment limpide de bonheur alors qu'autour de nous c'est toujours la même Merde. Tu peux toujours te planquer derrière tes cheveux, je sais que t'as rien oublié.

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